Analyse | Les Roses de Montréal ont joué le match, pas l’occasion
TORONTO – La création d’une ligue, les investissements, les infrastructures, les embauches, etc. Tout cela est louable, mais c’est bel et bien de sport dont il est question ici. À moins d’un verdict nul, il y aura des gagnantes et des perdantes. Aussi historique cette semaine puisse-t-elle être, il y avait un match de soccer à gagner. L’entraîneur-chef des Roses de Montréal, Robert Rositoiu, n’entendait pas tomber dans la sentimentalité – enfin, oui, comme lorsqu’il a révélé que sa gardienne ontarienne Anna Karpenko, avant la rencontre, lui avait raconté qu’une visite dans le grand stade rouge de Toronto, pour elle ça signifie qu’on va voir jouer les garçons. Ç’aura été le moment de Karpenko à quelques reprises, particulièrement en deuxième mi-temps. Cette victoire de 1-0 contre l’AFC Toronto, les Roses la doivent un peu à leur défense et à leur gardienne, qui a réalisé quelques arrêts cruciaux. Les faits saillants du tout premier match des Roses de Montréal, le 19 avril 2025. Photo : La Presse canadienne / Arlyn McAdorey Il y a ce but, aussi, bien sûr. Le nom inscrit samedi dans le petit livre d’histoire des Roses, appelé à devenir grand au fil du temps, c’est celui de Tanya Boychuk. Une attaquante albertaine qui a fait le choix de Montréal pour son retour au pays après ses parenthèses islandaise et suédoise. Une Québécoise d’adoption servie ironiquement par une Québécoise depuis l’enfance, Nyota Katembo, coupable d’une malheureuse passe mal appuyée vers sa gardienne. La no 12 sera le détonateur offensif de cette équipe montréalaise. Dans une capsule publiée cette semaine sur les réseaux sociaux de Radio-Canada Sports, une majorité de ses coéquipières prédisaient que Boychuk marquerait le premier but de l’histoire de l’équipe. Elles ont aussi eu raison pour le premier carton jaune, une biscotte que chérira sans doute longtemps la tenace Charlotte Bilbault. Plus que Boychuk, ce quatuor offensif qu’elle complétait avec Mégane Sauvé, Noémi Paquin et Latifah Abdu a pourri la vie de la défense torontoise, particulièrement en première mi-temps. On parvenait à sortir le ballon du tiers défensif, mais ça n’avait pas l’air agréable compte tenu de la pression exercée par toute l’équipe en général et par ces quatre-là en particulier. On comprend mieux pourquoi Rositoiu a insisté, tout au long de la présaison, sur l’importance de la forme physique. Un salut a d’ailleurs été adressé au préparateur Yannick Girard en conférence de presse pendant que Sauvé et Boychuk, deux cocapitaines aux côtés de leur entraîneur, opinaient du bonnet. On ne saura jamais si c’était le produit d’une ouverture de la marque si prématurée, ou bien si Toronto aurait poussé de la sorte peu importe. N’empêche, avec 407 tentatives de passe contre 292, 15 tirs contre 4 (6 cadrés contre 2), 5 coups de pied de coin contre 2, les Torontoises ont souvent forcé les Montréalaises à plier, plier et plier. Sans jamais casser, cependant. La capitaine Emma Regan a été au cœur de plusieurs bons moments de l’équipe locale. Le ballon a frappé la barre au-dessus d’Anna Karpenko tôt en seconde période. Sur phase arrêtée, un coup de tête de Shaina Ashouri aurait au moins dû atteindre le cadre. Ce qu’on a montré aujourd’hui, c’est ce qu’on va montrer tout au long de la saison : l’effort va toujours triompher sur le talent. C’est certainement ce qui est arrivé samedi. En termes de talent brut, ou du moins de talent établi, l’AFC Toronto a voulu s’établir comme destination de choix. Ensemble, les Torontoises comptent 80 sélections en équipe nationale. Les Roses en compte 57, mais 56 appartiennent à la Française Charlotte Bilbault. Montréal a fait le pari de révéler un maximum de joueuses moins connues, mais qui sont affamées. Un long processus qui plaît à Rositoiu. Après tout, il y aura encore deux autres occasions de battre Toronto à Toronto.Je suis fier d’être québécois, fier d’être montréalais. C’est beau. C’est beau, gagner contre Toronto au BMO Field.
C’est ton moment
, lui a-t-il alors dit. Pas de sentimentalité, donc, à moins que ça nourrisse la performance et le résultat.
Le moment ne semblait pas réel, a reconnu la buteuse. Quand j’ai marqué, je ne réalisais pas que c’était un but. Je me demandais si je venais bel et bien de faire ça. Puis je me suis mise à courir en m’éloignant de mes coéquipières, je n’avais aucune idée d’où j’allais! C’était extraordinaire.
Il a fallu défendre un peu plus aujourd’hui, mais nous avions l’air à l’aise de le faire, a soutenu l’entraîneur. Nous avons eu l’air d’une équipe organisée. Toronto est une très bonne équipe avec beaucoup de qualités. Mais nous pouvons progresser pour prendre encore davantage l’initiative, pour être dans le bon tempo pour les presser. Quand nous l’avons fait, nous avons montré que nous pouvions être une équipe dangereuse.
C’était important pour nous aujourd’hui de venir et de montrer un foot qui était intéressant, a soutenu Mégane Sauvé. On a essayé de garder le ballon. Oui, c’était chaotique. C’est un début de saison super long. C’est une nouvelle équipe. On savait qu’il y aurait des erreurs techniques. Mais je pense qu’on a montré aujourd’hui que, dans les intentions, on veut jouer au foot.
On a gagné, on est content. On va célébrer ça un peu, mais après, au travail!
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